Le moulage d’un porte-encens chinois réussit sans bulles ni fissures avec trois règles. Une Jesmonite AC100 pesée à 2,5 parts de poudre pour 1 part de liquide, une première couche passée au pinceau dans les reliefs, puis 40 à 60 minutes de prise avant de toucher au moule. Mais la majorité des casses se décide avant la coulée, dans le dessin de la pièce : une paroi de moins de 6 mm ou un trou de bâtonnet moulé trop tôt fissure au démoulage. Et une matière qui ne supporte pas plus de 80 °C doit être tenue à distance de la braise.
Quelle forme de porte-encens chinois se moule sans casser ?
Trois formes traditionnelles se prêtent au moulage. Le brûleur tripode (le xianglu, héritier des vases rituels ding en bronze) reçoit les bâtonnets plantés dans un lit de cendre ou de sable. La coupelle basse, souvent ornée d’un lotus ou d’un nuage, porte un plot percé au centre. Le porte-bâtonnet figuratif (lion gardien, dragon enroulé, chat assis des grès Cizhou de l’époque Qing) tient un seul bâtonnet dans un trou au sommet.
La forme la plus sûre pour une première pièce est la coupelle : pas de pied isolé, pas de contre-dépouille profonde. Le tripode demande des pieds épais ; le figuratif demande un moule souple et des reliefs bien remplis. Pour choisir des proportions et des décors avant de sculpter ou d’acheter un modèle, les volumes d’une collection de statues chinoises en résine montrent comment un objet moulé du commerce répartit ses épaisseurs entre socle et reliefs.
| Zone de la pièce | Cote minimale en Jesmonite | Ce qui casse en dessous |
|---|---|---|
| Paroi courante | 6 mm | Fissure de retrait à la prise, casse au démoulage |
| Bord de coupelle | 8 mm | Éclat quand le silicone se retrousse |
| Pied de tripode | 10 mm de diamètre, 25 mm de haut maxi | Pied arraché ou fissure à sa base |
| Raccord pied / cuve, angle intérieur | Congé de 2 à 3 mm de rayon | Fissure partant de l’angle vif |
| Plot autour du trou de bâtonnet | 8 mm de matière tout autour | Fente radiale au perçage |
| Fond sous lit de sable | 10 mm | Choc thermique localisé |
Les changements brusques d’épaisseur sont la deuxième cause de fissure : une cuve de 6 mm posée sur un socle massif de 25 mm prend et sèche à deux vitesses. On évide le socle par-dessous pour garder des sections proches.
Quelle matière couler pour un porte-encens qui supporte la braise ?
La braise d’un bâtonnet se consume à plusieurs centaines de degrés, entre 250 et 500 °C. Aucune matière de moulage à froid ne la reçoit sans protection. Le tableau compare les quatre options accessibles à un particulier.
| Matière | Détail des reliefs | Tenue à la chaleur | Verdict pour l’encens |
|---|---|---|---|
| Jesmonite AC100 (minéral + acrylique) | Très fin, prise 15–20 min | 80 °C maxi selon le fabricant, classe feu B-s1-d0 | Oui, braise tenue à distance |
| Plâtre fin | Fin, mais arêtes friables | Se déshydrate au-delà de 120 °C | Possible, pièce fragile et poreuse |
| Résine époxy | Très fin, brillant | Ramollit dès 50–60 °C, fume au contact | Non |
| Barbotine céramique coulée en moule plâtre | Fin, émaillable | Cuite à 1 000–1 250 °C, insensible à la braise | Oui, mais four de céramiste obligatoire |
La Jesmonite AC100 reste le meilleur compromis à la maison : résistance en compression de 25 à 30 MPa, en flexion de 50 à 65 MPa, expansion de seulement 0,15 % à la prise, aspect pierre ou céramique. Jesmonite Limited déconseille toutefois de la placer au four ou au-dessus de 80 °C, et sa fiche technique la réserve à l’usage intérieur. Trois parades rendent l’objet utilisable avec de l’encens allumé :
- Bâtonnets chinois à âme de bambou : la pâte s’arrête 3 à 5 cm avant le pied rouge ou nu, la combustion s’éteint là, loin de la matière moulée.
- Lit de sable fin ou de cendre de 15 à 20 mm dans la cuve d’un tripode, comme dans les xianglu des temples : il isole le fond et reçoit les bâtonnets sans âme, japonais ou tibétains, qui brûlent jusqu’au bout.
- Insert en laiton (tube ou petite coupelle) noyé dans le plot : il protège le pourtour du trou et se nettoie seul, sans frotter la Jesmonite.
Notre conseil : ne vernissez jamais l’intérieur d’une coupelle qui reçoit la cendre. Aucun vernis acrylique ou polyuréthane n’est garanti contre une cendre encore rouge ; le scellant se réserve à l’extérieur et au dessous de la pièce.
Préparer le moule silicone et le trou du bâtonnet
Un moule en silicone souple évite tout agent de démoulage avec la Jesmonite et encaisse 30 à 50 coulées. Pour un porte-encens à reliefs, on choisit une dureté de 20 à 30 Shore A : assez souple pour sortir d’une contre-dépouille, assez ferme pour ne pas se déformer sous le poids du mélange.
Fabriquer le moule à partir d’un modèle
Le modèle père (sculpture en pâte, objet ancien, impression 3D) est collé sur une plaque lisse, dans un coffrage qui laisse 10 mm de marge sur tous les côtés et au-dessus. Un modèle poreux (bois, plâtre, terre crue) est d’abord scellé à la gomme-laque, sinon il boit le silicone. Le silicone d’addition (au platine) copie les détails sans retrait mais ne prend pas au contact des plastilines soufrées ni des gants en latex ; le silicone de condensation (à l’étain) tolère tout, avec un léger retrait. On verse en filet depuis un coin, jamais sur le modèle.
Pour un dragon en ronde-bosse comme une statue chinoise du zodiaque Dragon, les écailles et la queue détachée imposent un moule en deux parties, avec clés de positionnement et un évent au point le plus haut de chaque cavité.
Trou percé ou trou moulé ?
Un trou moulé avec une tige plantée dans le moule piège une bulle au fond et casse son pourtour quand on retire la tige trop tôt. La méthode fiable : percer après 24 heures, à vitesse lente et sans percussion. Foret à bois de 2,5 mm pour l’âme de bambou des bâtonnets chinois, de 3 à 4 mm pour les bâtonnets sans âme, sur 12 à 15 mm de profondeur. Pour un insert en laiton, on enfonce un tube de 4 mm graissé à la vaseline dans le mélange 10 minutes après la coulée, puis on le laisse en place.
Doser et couler l’AC100 sans bulles
Les bulles ne viennent ni de la poudre ni du moule : elles naissent d’un mélange fouetté, d’un godet mal raclé, d’une coulée trop rapide ou d’un relief rempli d’un seul coup. La séquence ci-dessous les élimine, atelier entre 18 et 22 °C, poudre et liquide à température ambiante.

- Mesurer le volume : remplir le moule d’eau, peser (1 g = 1 ml), multiplier par 1,85 puis ajouter 10 %. Un moule de 150 ml demande 300 g de mélange.
- Peser au gramme : 300 g de mélange = 214 g de base et 86 g de liquide, soit le rapport 2,5:1. Une pièce sous-dosée en liquide fissure, une pièce trop liquide reste tendre.
- Colorer le liquide d’abord : 6 g de pigment au maximum pour 300 g (2 %). Au-delà, la pièce devient cassante ou ne prend pas.
- Verser la poudre dans le liquide en trois fois, mélanger 60 à 90 secondes, outil toujours immergé, en raclant fond et parois.
- Passer une couche de 1 à 2 mm au pinceau sec dans tous les reliefs, angles et pieds du moule : c’est elle qui chasse l’air des détails.
- Couler en filet mince depuis 10 cm de haut, au point le plus bas, en laissant le mélange monter seul.
- Vibrer 30 à 60 secondes : tapoter les flancs, soulever le moule de 2 cm et le laisser retomber, ou le poser sur une plaque vibrante.
Tout se joue en 15 à 20 minutes, la durée de prise initiale à 18 °C donnée par la fiche technique : un atelier chaud la raccourcit, une pièce froide l’allonge. La lame de mélange à haut cisaillement recommandée par Jesmonite donne une matière plus dense ; à la main, on compense par un mélange plus long, jamais plus rapide.
Le plus sûr pour débuter est un matériel appairé : base et liquide AC100 du même lot, pigments dosés, moules silicone prêts à couler. Ces kits sont réunis sur ce site, avec des guides de dosage et de temps de prise. On y reporte les quantités pesées pour son propre moule, puis on garde la même série de pigments d’une coulée à l’autre.
Le dégazage sous vide, cité partout, n’est pas indispensable ici : une couche au pinceau bien faite et une minute de vibration retirent l’essentiel de l’air d’un porte-encens de 300 g. La cloche à vide sert surtout aux micro-reliefs de moins d’un millimètre.
Démouler au bon moment, sans fissure
Un démoulage trop précoce est la première cause de fissure. Le guide d’utilisation de l’AC100 fixe 40 à 60 minutes dans le moule ; certains revendeurs annoncent 20 à 30 minutes, valables pour une coupelle fine dans un atelier chaud, pas pour un tripode à pieds. Le test : un ongle pressé sur le dos de la pièce ne laisse plus de marque, et la tiédeur due à la prise retombe. À l’inverse, une pièce laissée des heures dans le silicone « transpire », se tache et sèche mal.

Le geste compte autant que le délai. On retourne le moule, on appuie sur les bords du silicone pour laisser entrer l’air, puis on retrousse la membrane autour de la pièce en l’accompagnant à la paume. On ne tire jamais sur un pied, on ne tord jamais le moule. Pour un tripode, on libère d’abord la cuve, puis chaque pied, en roulant le silicone vers le bas.
La pièce démoulée sèche 24 heures à plat, à température ambiante, loin d’un radiateur ou d’une fenêtre au soleil : un séchage irrégulier ouvre des fissures capillaires sur les parois fines. Pas de ponçage, pas de perçage avant ce délai, qui correspond à la pleine résistance annoncée par Jesmonite.
Bulle ou fissure visible après démoulage : réparer ou recouler ?
Une bulle de surface sur un relief ou une face se rebouche. On dépoussière, puis on gâche 25 g de poudre et 10 g de liquide avec le même pigment ; un mélange plus sec à 3:1 prend plus vite. On garnit, puis on ponce au grain 240 puis 400 après durcissement. Une fissure non traversante se reprend avec 20 à 40 g de mélange, utilisable 5 à 8 minutes : on ouvre légèrement la fente, on garnit, on renforce au dos si elle traverse, et on attend 24 heures avant de poncer.

La limite est nette : un pied fissuré, une arête fine cassée ou le plot du trou fendu se recoulent. Ces zones portent la pièce ou reçoivent le bâtonnet ; une réparation y cède au premier choc. Un défaut répété au même endroit indique une cause de forme (paroi trop fine, angle vif) à corriger sur le modèle, pas sur la pièce.
La finition chinoise vient ensuite. Le céladon s’obtient avec un vert d’eau très dilué dans la masse, la laque rouge avec un pigment oxyde de fer à 2 %. L’effet bronze ancien se fait en coulée froide : la couche au pinceau est chargée de poudre de bronze, puis la pièce est frottée à la laine d’acier 0000 pour faire ressortir le métal dans les reliefs. Un bol chinois à décor de dragon donne une bonne référence de teinte et de répartition du décor sur une coupelle.
Check-list avant de planter le premier bâtonnet
Six contrôles séparent une pièce réussie au démoulage d’un porte-encens sûr à l’usage.
- 24 heures écoulées depuis le démoulage, pièce sèche et froide au toucher.
- Trou percé au bon diamètre : 2,5 mm pour l’âme de bambou, 3 à 4 mm sans âme ; le bâtonnet tient droit sans forcer.
- Bâtonnet chinois à âme de bambou, ou lit de 15 à 20 mm de sable dans la cuve pour tout bâtonnet qui brûle jusqu’au bout.
- Coupelle ou cuve d’au moins 8 cm de diamètre sous un bâtonnet vertical : la cendre tombe au pied, pas sur le meuble.
- Intérieur non verni, extérieur scellé si la pièce vit près d’un point d’eau.
- Usage intérieur uniquement, loin des rideaux, sur un support stable.
Placée sur un autel domestique ou une console, la pièce dialogue avec les objets voisins : une figure de Guanyin, un bouddha rieur, une lanterne en céramique. Une sélection de décoration chinoise pour la maison aide à choisir la teinte du porte-encens avant la coulée, pour accorder pigment et décor au coin où il brûlera. Dans les ateliers de Yongchun, au Fujian, où quelque 300 entreprises familiales produisent une part majeure de l’encens d’Asie, le bâtonnet à âme de bambou reste la norme : c’est lui qui rend un porte-encens moulé à froid parfaitement utilisable.
